La Poésie

LA POESIE

michel vray page poesie illustration 1


ALCOOL BLANC

De nouveau des vertiges, le bruit du cœur bat dans la bouche.

Rythme partout. Halètement. Massacre des jours.

Ils passent, défilent, ricanent et se heurtent.

L’alcool hurle sa mélodie dans mon corps qui se ronge.

Rouge peut-être. La couleur sûrement.

Je dévore des romans.

Et ne vis plus qu’à travers l’image de ma vision.

Je coule et m’effrite et ne suis plus.

Affabulation des autres

Douleur du cœur, le rythme cardiaque diffère.

Les jambes marchent.

J’avale avec difficulté.

Je ne suis plus qu’avalement

Je peux me tuer.

.

Prison, prisonnier, bateau,

Enfant, hôtel, cri

Rien,

Soleil,

Une main crispée  sur une feuille,

Une grenouille m’entend,

Et moi j’écris

Avant l’aurore,

Virgule du dernier nuage coincé çà et là entre les parois du monde,

Un pont,

Une cathédrale,

Un comprimé d’aspirine,

J’ai tout cela dans mon verre,

Tandis que ce soir

Les forêts s’enterrent un peu plus dans les racines de Dieu.

.

La violence d’une musique me construit des yeux sur le ventre.

Je respire différemment.

Les piétons s’envolent, grenouilles volantes.

« Voilà, je te reconnais » dira-t-il après.

Les vitres s’installent aux fenêtres, je suis très près du verre

Et coule dans sa cheminée.

Horizons de nouvelles envergures,

Le temps bifurque sur un clignement de cils,

Martèlement,

Heurtement,

Dans mon cerveau,

La tête se retient difficilement.

Je voyage, eurêka,

Bruits

Pistons

Usines

Cris d’un dieu

La vie se réduit à une remarque

.

Laissez donc pencher l’herbe.

Elle trotte, menue et bleue,

Au détour de l’oubli des odeurs

Son bruit seulement.

Un enfant arrive au bout du chemin.

Rappel, retour,

Des larmes tombent chaudes, douces

Au-delà des jours,

Et sèment du vivant.

Je ne contrôle plus la violence de mes yeux à

L’acuité démultipliée,

Le cœur change de place et ses palpitations augmentent, cessent, reprennent.

Me taire.

Laissez pencher l’herbe d’une horreur semblable à l’insomnie des nuits.

J’irai au bout de mon corps dans le frémissement de l’estomac.

L’espace vient de mon intérieur.

Toute notion humaine marche à mes côtés, je domine le monde

Et peux arracher ma main d’un petit coup sec.

.

Les coupures s’ouvrent,

Saignent, le liquide

Tombe de mes plaies.

Crucifié,

Comme les autres.

J’aimerais revivre, alors mes yeux grandissent ,

Tout recommence

Doucement.

La circulation remue ménage, l’enfant toujours là,

Les plaies s’épanouissent.

.

Quelques petits mots anodins,

Lugubres, anonymes

Salade verte, escalope, j’ai faim.

Je me fais surprendre en pleine tranquillité par la chaleur de mon corps

Le sang s’est rétabli, il éclate.

L’enfant est toujours là, essayant de comprendre,

Ses mains sont en forme de temps.

Aïe. Ave

Le cerveau monte, montent les cheveux, bouge le cerveau,

Mes mains disparaissent.

Je perds ma vue.

Je n’ose pas continuer.

.

Essayer après de tout calmer, de ranger mes percussions, de mâchonner des flûtes.

Étincelle, petite lueur,

Et mort.

.

Le vacarme me prit les mains dans le silence de son corps.

Heure solide.

.

Au plus ingrat de mon sommeil

Passe l’ombre obscure d’une âme.

.

Avec, incliné dans la profondeur de mon cerveau,

Le besoin de ressentir vibrer l’angle mou de mes rêves,

Je vins vous trouver pour vous aimer.

.

Toujours la même rue,

L’immeuble intact plein de cheveux sur le devant

Et ruisselant l’avenir sur le lointain.

Sur le lointain des choses, il a posé sa vigueur.

.

La masturbation de l’oiseau fait naufrage sur l’écume phosphorescente de la mer.

Je ne me nourris que de goémon blanc.

.

Je laisse mon corps reposer sur l’appui de mes yeux.

Rigueur de mon rêve.

Un jour, je partirai sur la route.

.

Espace d’un lac de sang entre un oiseau lyre et un marécage,

Une ombre et son destin,

Entre l’étole et ses aventures,

Entre la mer et ses vagues.

Poursuites.

.

Je reçois toujours le destin,

Flèche sur le clocher de l’église en face,

Avec des grenouilles tout autour des yeux semblables

Aux barrières des trains,

Elles lèchent leurs yeux en sursis d’amour.

.

Je suis une boite à musique

Émiettée sur le divan de ma baignoire.

Souvenir.

Mot rayé du sol des prisons, mot clé du partage entre l’égal.

En tout recul flotte le souvenir du vol.

.

Mégots entartrés dans la douceur de mon corps,

Virevoltent avec scintillement

En plus du bruissement des robes des femmes.

Enclave dans le monde,

Halètement sur le déchaînement des bougies.

La verticale de mes yeux perce la ligne des cils,

J’ai mis une clarinette dans mon crâne et tu souffles dedans

En tout vertige se trouve le recul du voile.

.

Avec des miettes de sang 

J’ai dominé l’organe et dis 

La mer. 

Suite sur un oiseau avec la carapace de l’île sur la tête. 

Retour aux bracelets clinquants des femmes.

 

Du liquide coule dans mes yeux et je sais 

Orages, grincements. 

Du liquide coule dans mes yeux, 

C’est le sang de mon regard, 

Avec voies de sortie pour véhicules terrestres.

 

Je détruis le regard avec calme. 

Le temps m’exécute les oreilles. 

Je suis dans la fosse du caravanier, 

Sans ombrelle avec un tigre, 

Dans mon crâne,  

Qui bouge et remonte l’échelle de tous mes calculs. 

 . 

J’ai rencontré l’animal. 

Avez-vous déjà rencontré l’animal ? 

Moi pas. Je croyais. 

Encore un pauvre petit mensonge de mon cerveau. Il pense en cerveau, moi en homme. 

C’est là l’ennui : ce manque de rapport que nous avons l’un avec l’autre. Lui toujours au plaisir de ce qu’il sait, moi ailleurs. À côté de lui.  

J’ai cru rencontré l’animal. Mais non, il n’y a personne à mes côtés. Je suis seul.

 

Je me promène en pleine nuit dans l’allée. 

Cette fois je fus prudent, j’avais un piano sous le bras.  

Avez-vous rencontré l’animal ?

Non, j’ai seulement trouvé l’orgue.  

Insignifiant, battant les flancs de la lune, 

Morceaux de silence lumineux accrochés au ciel.  

Avez-vous rencontré l’animal ?

 

En pleine nuit, une idée me passe par le plus étrange de la tête. Juste un pli, et une cicatrice au flanc gauche, rançon des gens qui dorment sur le côté droit. Alors les bêtes mordent. 

Avez-vous rencontré l’animal ? 

Regardez vos jambes au réveil. 

Recouvertes de petites morsures. 

Je ne blague pas, faites l’expérience une seule fois et vous ne dormirez pas. 

Vous comprendrez que le monde n’est pas fait à votre dimension. 

 

La fête du ventre 

Ton œil maquillé pour mon œil, 

Ton sein maquillé pour mon sein, 

Ton ventre se maquille pour mon ventre. 

Je t’aime.

 

Chaleur qui monte de tes yeux 

Et réveille mes mains alourdies par de quelconques nuits de rêve 

Il ne suffit que de regarder l’oiseau s’envolant 

Lorsque tu fermes ton œil.

.  

C’est l’entourage de la bouche et de son sourire qui m’enveloppe de sueur. 

Ta bouche tisse la soie. 

Ton odeur remplit ma bouche.

Du miel chaud coule sur tes joues, 

Elles rient sans savoir le fil invisible qui nous lie. 

Les années-lumière se donnent la mort devant la porte de notre chambre.`

 

Le voisin du quatrième vient de se tuer.

 

La fête du temps 

Le temps a reculé, trop vite. 

Un parfum flotte encore autour de mes oreilles.  

Une robe s’envole à tes printemps. 

Tu calcules le nombre de jours qui me restent à vivre. 

N’oublie pas les retenues !

 

Les hommes accoudés au comptoir vont basculer dans le néant 

Encore un parfum qui me repousse vers d’autres horizons. 

Des voiles ressortent de ma mémoire et tapissent les murs de ta chambre. 

Ces réalités visibles empruntent toutes les formes vivantes possibles. 

L’ondulation de la vague exclut tout sourire.

 

Mon sang se véhicule par syncopés, 

Il musique ses images. 

Une fois de plus, il ne restera rien. Les pavés déracineront les auberges, 

Les camions s’engloutiront sous les bandes blanches 

Les cimetières se rempliront. 

Enfants délaissés de joies finies, 

Ecrasés par des milliers d’impédences.

 . 

Les années-lumière se donnent la mort devant la porte de notre chambre. 

Des oiseaux noirs s’envolent au-dessus de ma tête. 

Je m’enlise dans du béton pour que mon corps ne soit plus friable 

Sous tes mains.

.  

Il ne faut jamais poser sa main sur l’œil de l’autre. 

Les bateaux aux quais quittent leurs entraves. 

C’est l’instant où les ancres crachent leur venin.

 

Les années-lumière se donnent la mort devant la porte de notre chambre.

 

J’ai rencontré l’animal magique à plusieurs pattes. 

Il marche dans la méchanceté des abeilles  

Et butine le sel de la terre. 

Sur terre il y a les oiseaux, 

Les enfants et l’amour, 

Trois solitudes différentes, 

Mais à égalité elles mangent le même sucre le matin.

 

L’amour est un transit de mort. 

Elle faillit étrangler l’espoir, 

Je faillis étrangler l’amour. 

Il ne faut pas supporter l’amour. 

L’autre était là, 

Sans savoir le moment,  

Sans connaître le savoir.

Il m’aime, je l’aime, 

Les autres aiment les autres. 

L’amour est un transit de mort.

 

Je ne supporterai que la température inflexible et inexorable de l’acier chaud.  

La ville me mange les oreilles. 

La ville, inexorable vase, et autres lassitudes.

 . 

L’amour est un presque transit de mort. 

L’amour est un passage transi de mort. 

Le plus de nuits possible. 

La continuité est un excellent défaut. 

L’amour façonne le transit qui n’existe pas,  

Jusqu’à ce que son écriture invisible soit la même que la mort.

 

Au bout de quelques années, il ne restera que l’enfance, 

Juste souci qui sera amoindri.

.  

Les gens qui circulent dans la rue circulent bien trop rapidement.

 

Il s’en est fallu de peu pour que j’extirpe le cœur de la chose qui avait mordu le chien.

.  

Cela fait maintenant trois jours que je dors dans les lieux les plus insensés, 

Une fois avec une femme,  

Puis avec une autre, 

Mais je n’ai absolument pas le souvenir de l’endroit de l’amour. 

Il ne reste que le plaisir, 

Succession de vieux plaisirs, sans scrupules, sans aucun, 

Je ne pense pas la même chose aujourd’hui et demain. 

Je suis en acier, et étranges les gestes de l’amour. 

Il ne suffit que d’aimer l’universel. 

Je suis une satisfaction de l’amour,

Il ne reste que l’insatisfaction du geste, 

Il ne subsiste que des principes

 

dessin 1969 1

LE CRATERE ROSE.

La main est restée très haut, qui meurtrit la naissance du visage. 

Des enfants perdent vite, trop vite la notion du temps. 

Des enfants attendent vite dans les corps la notion véloce du temps. 

.

Elle s’installe avec souvenir sur les visages des enfants atteints sur la rive du visage. L’enfant nage sur les caractères assombris des vieilles pages des vieux livres. 

Se jucher à l’altitude de l’enfance, à l’amore de l’enfant insoumis au rivage de l’âme. 

Les deux âmes se flairent et se désaltèrent dans le cratère d’un voyage rose. Cratère entrouvert sur le visage serein de notre propre enfance. 

Les oiseaux volettent tout autour de cette immensité et rêvent de désirs inconscients. 

L’encre coule du stylo. Toujours noir l’espoir de la rencontre; toujours liquide le composant de la vie. Quelquefois bien établi, l’homme coince la femme sur ses genoux et la couvre de baisers brûlant de demandes inacceptables. Le rêve doit passer par la porte du désir. 

.

Avec l’éclat qui circule autour de mes yeux, le rayonnement diffusé par ta bouche et l’exactitude de ton regard, je peux répondre à n’importe qui. 

.

Si j’avais pu, je vous aurais peut-être rencontrée. Je ne sais où. Vers le moment où les oiseaux percutent le mur du sommeil à l’heure où je peux rencontrer les hirondelles. 

Sans les effrayer. 

Car je fais peur. À ma concierge. Aux gens de mon immeuble. 

Ils me font la guerre. Cette putride chose qui n’éclot que dans le désastre, qui n’écclot que dans l’éclatement. 

De mes doigts, 

Duvet d’oiseau, fleurs de coton, 

Lames de couteau et pinces agacées, 

Je tire des profondeurs de la femme sa jouissance 

La lui apporte 

à fleur de sa peau, 

Pour qu’elle offre à la nuit l’éclat douloureux de son hurlement. 

.

Rester ébloui, 

Rester pétrifié, 

Devant l’immense 

L’incommensurable 

L’indélébile 

J’ai beaucoup de difficulté 

.

À essuyer mes yeux. 

Il est tôt probablement. 

D’ailleurs mes yeux ne s’essuient plus. Ils sont propres. Presque toujours.

.

dessin 1964 1


LE TRAIN SUR LA MER

Le soir, quelquefois, un sentiment de vieille mort attrape au détour du chemin la lassitude installée dans les avant-bras et se répand, marée, fatigue lancinante de l’être entier ; une installation fatiguée de l’être sur diverses fatigues accumulées dans tous les instants. Dans la répétition simple de l’instant que l’on ne transporte pas toujours avec soi-même, puisque on l’égare parfois, et que l’on subit un souffle accompli à son propre insu. 

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Quel sera enfin la solution évidente, le geste à accomplir chaque jour jusqu’à plus goût ? 

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Au bord de la mer, l’air marin se laisse respirer avec difficulté. Même les mouettes subissent ce malaise. Réitération des mots formulés sur l’instant inexistant Difficile ce mot revenant leit-motivé par simple chaleur de contact chaud. Chaleur suffocante de spectres chaleureux aux mains noircies en flaques. 

Les picotements reviennent, aurait-on dit chimiquement construits. 

Là seul l’instant 

Équivoque le matin 

Sans connaître de l’histoire la fin ; 

Les instants matinaux sursautent sur le rebord de la fenêtre ; des instants doux et fragiles. Fragilité de notre propre corps fragile. 

Limpidité d’un liquide corrompu et coloré par principe. 

La fatigue de ressentir sous la délicatesse de la peau la limpidité claire et transparente de la peur étirée sur un globe presque noir. Notre cerveau presque toujours en fatigue d’un train en partance, d’un battement de cils féminins. 

La femme s’écrie presque au masculin. Effondrée sur la banquette opposée et tassée sur sa propre usure. Savoir que l’instant évaporé rattrape toujours les gestes de la veille. 

Fatiguée, éliminée par le chemin caillouteux, presque toujours en montée. 

Il ne reste que l’enfant en face qui marche l’amble sur sa solitude et son destin coloré, d’une couleur parfois imméritée. 

Tout tourne autour de la même étendue d’eau qui ne peut jamais être étanchée. 

Gigantesque planétaire qui ne rassasie que les Dieux olympiens. Tout n’est pourtant qu’une simple poutrelle métallique qui charpente sur nos sentiers dégradés par certaines marques amoureuses de nos ancêtres. 

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Moi je suis encore presque entier. La modification corporelle n’est pas totalement insoutenable, et j’aime tout autant les gens que la veille. 

Mais le changement va certainement tout surprendre.

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RECUEILLEMENT DE LA PRIERE.

Repeindre le ciel à 220000 Km/s.

S’expatrier sur le rêve, sans plus justifier les raisons. Basculer dans l’eau pure d’un Styx infernal, rassembleur des âmes, de leurs soucis, et se préoccuper uniquement des cymbales et autres clefs d’arpège. Puis tomber et croire dans cette libre chute à l’infini musical de l’âme.

Respirer à pleins poumons le sel et le cracher au loin violemment. Extirper de sa bouche toute aventure vécue. L’afflux de gênes encombre le cerveau encrassé par des années soucieuses, ralenties. Le soir tombe sur un parquet plein de rêves, supporter l’amour du rêve proposé.

Se balancer sur les genoux de droite et de gauche à ne plus savoir quoi en faire afin d’oublier la respiration du milieu du corps. La position à genoux est la plus bénéfique pour mettre son âme à plat. Apprendre que le regard est toujours chargé de questions. Ne pas y répondre, mais savoir que d’autres existent, et plus belles. Faire passer son corps de l’autre côté de la porte. À travers la porte. Retrouver le miroir taché de son âme salie par le vide de l’intérieur du ventre. Aspirer à la sagesse de son goût fétide et brutal et le respirer jusqu’au bout.

Les charniers sont toujours extrêmement durs à localiser.

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Les âmes m’emplissent et je n’attends que les secours de celles-là, latentes, toutes photographies jaunies par le temps. Il ne compte plus au creux de ma main partie à la poursuite d’un cours de souvenirs majestueux et irrévérencieux. Ne pas la fatiguer par une écriture malsaine et non aboutie.

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Cela cogne dans le cerveau. Où la chose se produit-elle? Là ou ailleurs; dans le brouillard de mes yeux et le sentiment d’éclater à l’intérieur. Peut-être est-ce cela le recueillement? Sentir son poids sur les talons et avoir mal, très, partout; articulations abrégées par le temps; la respiration, de plus en plus difficile, sombre dans une espèce de coma. Il retentit dans le cerveau. Et la page qui se griffonne, et le temps qui passe, et le poids qui tombe depuis l’âme et tout le reste qui ne fuit pas, et la fatigue des yeux qui ne suivent plus et des oreilles qui entrent, muettes à l’intérieur du corps, et celui-ci qui s’alourdit, et le sang enfin qui se raréfie. Localiser complètement le cœur pour être capable de poursuivre le dialogue silencieux, de suivre la fatigue. Le temps est trop mou.

J’ai de la difficulté de tout amener au bout de ma page, au bout de son propre sang. Mes yeux basculent hors de la page, hors de ce temps, ma main court sur le papier et je ne peux l’arrêter; un sang circule dans mon intérieur, douloureux.

Le mal partout s’installe. Bientôt les yeux se fermeront. Ailleurs. Tout s’est arrêté. Je suis arrêté dans mon propre corps, c’est long et lourd à supporter. Alors la difficulté s’installe dans l’écriture. Je crois que je vais arrêter ma main, l’autre ne bouge déjà plus, collée au carrelage du cloître, je suis figé, pétrifié. Je ne peux plus peser correctement mon âme, c’est pourquoi je rends mon âme, elle n’a pas de valeur, elle est vide. Je suis empli de vide, et le temps se poursuit. Inexorable. Devant moi et j’ai mal. Voir n’est pas simple, cela fait très mal. Malgré tout continuer. Jusqu’au malaise possible, mais seul toujours, sans partage avec qui que ce soit.

Mes jambes n’existent plus, je continue à partir loin. Très loin avec les anges durs qui me maltraitent longuement. J’ai mal librement, en silence, profondément. J’ai une vision béante, trou de croyance noire qui se remplit de sang. Ses gouttes sont beaucoup plus bénéfiques que le soleil.

J’ai quitté un état pour en retrouver un autre. Où se situe la fin du vertige ? J’éprouve l’immense joie de la solitude. Mais comment la communiquer et qu’est-ce que cela voudrait dire ?

Ma marche devient de plus en plus souterraine. En quittant les autres, je ne trouve pas mon intérieur. Faut-il l’au-delà pour la réponse ? Passer par cette banalité ? La sortie est toujours présente, pensive. Mes mains ne répondent pas vraiment à la question.

Que faire ? La sortie ! Je demande à genoux la sortie. J’ai déjà vu trop de choses et en ai surtout déjà trop fait. Alors l’espoir dans la douceur, sous quel visage, tourner pour trouver un visage qui est devant soi, toute cette fatigue pour rechercher au loin ce qu’on a sous les yeux ! Qu’y a-t-il de si terrifiant au-delà de soi? Pourquoi attendre que cela se manifeste ? Où est Dieu à l’intérieur de tout cela ?

Jour d’accablement et surtout pas le dernier.

4h18 et tout le reste qui coule.

Si, à l’intérieur, j’étais un autre ?

Je suis condamné à rester cloué au même bois.

Sans avoir trouvé l’intérêt de ma vie.

Le sursaut: ouvrir les yeux sur la beauté.

.

La procession débute et me bascule dans le vide de mes os.

J’ai entendu la sonnerie.

.

Fin de la prière.

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dessin 1969 2