Archives d’Auteur

Bien sûr il y a le froid

Bien sûr qu’il y a la mort

Mais pourquoi continuer

Que dire de plus ?

Bien sûr qu’il y a la passion de la vie

Pourquoi je vous écris ?

Bien sûr qu’il y a la vie

Et la mort

Elle trébuche sur le perron

Elle brûle nos doigts

Elle brûle nos mains

Elle brûle nos manches

Elle brûle nos viscères

Elle brûle notre crâne

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Il ne reste même plus un crâne

Il ne reste rien.

Un tas de cendres brûlantes

Et le reste,

Mais quel reste ?

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Lorsque les cendres fument

Je mange mes ossements

Et mes ossements ne fument plus

Seraient-ils plus comestibles refroidis ?

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J’ai vu la mort de près et après ?

J’ai trouvé cela naturel et après ?

J’ai aimé que l’on m’offre cet après

Il ne restera qu’une horloge qui dérive et après.

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Je n’ai pas su discerner les os du bois.

Les os et le bois seraient-ils la même chose ?

Il reste encore l’autre.

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Les cendres fument

Et notre attente est médiocre.

Comment expliquer ?

J’ai peur.


Les nus

Dessin 1964

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Dessin 1969

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Dessin 1969

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Dessin non daté

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Dessin non daté

 


Poèmes des années 70

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Départ

La nuit je pleure
et me répand dans l’éther
comme une plume.
J’ausculte tous les bruits de mon corps
et quelque fois, seulement quelque fois : je vis.
Alors je respire un air étrange,
celui qui m’entoure,
me porte mais que je ne connais pas.
Je ne peux le respecter : aucune envie, pourtant je le respire.

Je circule souvent aux frontières des charniers de l’homme.
Je remue des choses qui exhalent une odeur pestilentielle.
Celle des départs vers l’au-delà,
connaissance exacerbée  et incomplète
de mon esprit en rupture de mon corps.

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01 janvier 1970

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Cous longs

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Montagnes de sang
Et d’incompréhension
Montagnes de sang
Et monts d’alcool
Quelque fois femme
Au milieu d’un champ
Bientôt perdue
Pour ne pas connaître
Où commence la route
Où finit le chemin
Rhum vin alcool
Yeux vert-bleu
Marrons
Comme tu sens bon
Corps vierges ou fanés
Quelle importance
Ils deviennent rouges et roses
Sous la caresse de tes pinceaux
Et narguent ceux qui les regardent
Rhum vin
Alcool misère
Du pain la guerre
Et ta main.

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1970

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Il faut toujours retranscrire
ce que ne stimule pas le cerveau.

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La queue de l’âne puise ses racines aux sources de la violence. La révolte est interne et inhérente aux espoirs.
Une troupe d’animaux sauvages disparaît sur la ligne velours de l’horizon inachevé. Ils partent en migration. “C’est l’époque du voyage incongru”.
C’est le moment de la débandade désossée. Le soleil devient le plus pâle possible et tente une fuite en Égypte. C’est un soleil mystique et mystérieux : soleil de fortune.
Un bruit de moteur vers l’oreille gauche.
La clé du silence rebondit longuement sur les rochers avant de disparaître définitivement avalée par l’ACIER DE LA MER GLUANTE.
Les ronds concentriques d’à côté appartiennent à ICARE.
Nous sommes donc voisins.
Une côte sera toujours un écueil.

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Mars 1972

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M V

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Détails. 


Bon voilà.

Tu t’es déconfiné et sans demander l’avis de personne. Bon voyage Michel. 

Michel est décédé le 23/01/2021 à Paris et a été inhumé le 24/02/2021 au cimetière de Thiais.


Elles ont toujours été là.

Tu as pu m’en souffler quelques mots parfois, toujours avec fierté, toujours avec pudeur, elles ont toujours été là, avec toi. Un portefeuille dans la poche intérieure de ton blouson et trois photos froissées. Dans tous les lieux sordides où je t’ai visité, les squats, les hôpitaux, au milieu des livres, des pots de peinture, au milieu des fous et de ton immense solitude, elles ont toujours été là, avec toi. J’ai tenté d’imaginer leurs visages aujourd’hui, même toi ne les sais plus. Ça pourrait ne pas me déranger. Ça devrait n’être qu’une anecdote. Et puisque ce site t’est consacré. Consacré à ton travail. Consacré à ton chemin. Consacré à ta présence parmi nous. Je comprends que pour tout ce que tu as écris, tout ce que tu as dessiné, tout ce que tu as rêvé, elles ont toujours été là, avec toi. Aujourd’hui c’est Noël et c’est un jour idiot. Je pense à toi qui est allongé sur un lit, le jour, la nuit, enserré dans l’ immobilité de tes objets familiers. Qu’entends-tu dans l’air, à part les cris d’une petite vieille dans une chambre voisine ? Que vois-tu dans l’air ? Les yeux remplis d’amour de tes bons amis d’autrefois, Franck Bouillon, Jean Marcourel, Gilbert Maurice Duprez, et les autres que tu n’as pas eu le temps de me raconter. Je te fais confiance, tu ne t’ennuies sûrement pas et ils sont nombreux autour de toi. Et puis, elles sont toujours là. Avec toi.


Les heures ont passé si vite

Les heures ont passé si vite que le papier fond sur le réchaud de l’esprit sain.
Je ne suis pas aliéné autant que mes mots.
Trahison.
Erreur.Petite aile négative sur le parchemin des victoires.
Attendre.
Fuir.

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Les bruits me suppriment.
Les bruits me suppriment.
Les bruits m’impriment.
Les bruits m’impriment.

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Désert rouge,
incontrôlable : le sang c’est bleu.
Un œil s’entrouvre,
un autre me dédicace sa mélodie de tambours.
Les têtes brûlent à vingt centimètres des oreilles.

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Le brouillard s’empare des yeux
et là,
seulement là,
le sang reste bleu.

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Novembre 1969


Toiles et papiers – exposition

Toiles et papiers, Michel Vray

EXPOSITION A LA MAISON NATIONALE DES ARTISTES (MNA) DE NOGENT SUR MARNE

1er mars 2019 – 28 avril 2019

Vernissage : jeudi 28 février 2019  18 h – 21 h

 

« Vous rencontrez Michel Vray mais vous ne voyez ni le peintre, ni le poète, ni l’éditeur. Devant vous se tient simplement un homme, plus occupé à labourer sa terre qu’à discourir sur son travail. C’est bien ainsi que l’image s’impose à vous. Un homme cultive sa terre pour y cueillir parfois des morceaux de ciel. Ensemble, vous faites quelques pas et la terre à vos semelles dévoile ses craquelures. Vous pensez qu’il est difficile de marcher, difficile de rester, difficile d’espérer, mais l’homme vous apaise de son sourire complice et vous comprenez que la terre des poètes est une terre impossible. Depuis qu’il est né à la couleur, au trait et à la beauté du sens, Michel n’a jamais cessé d’éveiller sa terre à l’aune des ses rencontres et de ses passions. Dans son jardin, qu’il soit d’Alice ou d’ailleurs, poussent des herbes folles et c’est auprès d’elles qu’il s’émerveille ». (daNIel)

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Pour se définir, plutôt qu’artiste, Michel Vray préfère le terme de poète qui qualifie non pas une fonction, mais un état. Dissociant le monde de l’écriture et celui de la peinture, il articule les allers-retours qu’il réalise entre les deux disciplines. « Quand j’écris, je ne peux pas peindre, cela me plaît beaucoup… Quand je peins, je ne peux pas écrire. Ce sont deux choses qui pourtant vivent ensemble. »

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Peintre, poète et « éditeur de poètes non publiés », Michel Vray commence à l’âge de quatorze ans par faire des copies de toiles de maîtres : Vélasquez, Goya… Il expose dans différentes galeries en France et à l’étranger. À ses débuts, il réalise des toiles figuratives puis se détache peu à peu de la figuration pour une évocation plus libre. Selon Michel Vray « La peinture est un moyen pour rêver, un peintre, c’est quelqu’un qui veut être libre ». Avec ses encres à la poursuite des étoiles et ses huiles aux accents profonds, il aime jouer des contrastes, des lignes et des couleurs à la recherche « d’une mélodie visuelle ». (MNA)

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Michel Vray vit à la Maison nationale des artistes.

Vernissage le 28 février 2019, de 18h à 21h

Ouvert au public tous les jours, de 10h à 12h et de 14h à 18h. Entrée libre.