ALCOOL BLANC

De nouveau des vertiges, le bruit du cœur bat dans la bouche.

Rythme partout. Halètement. Massacre des jours.

Ils passent, défilent, ricanent et se heurtent.

L’alcool hurle sa mélodie dans mon corps qui se ronge.

Rouge peut-être. La couleur sûrement.

Je dévore des romans.

Et ne vis plus qu’à travers l’image de ma vision.

Je coule et m’effrite et ne suis plus.

Affabulation des autres

Douleur du cœur, le rythme cardiaque diffère.

Les jambes marchent.

J’avale avec difficulté.

Je ne suis plus qu’avalement

Je peux me tuer.

.

Prison, prisonnier, bateau,

Enfant, hôtel, cri

Rien,

Soleil,

Une main crispée  sur une feuille,

Une grenouille m’entend,

Et moi j’écris

Avant l’aurore,

Virgule du dernier nuage coincé çà et là entre les parois du monde,

Un pont,

Une cathédrale,

Un comprimé d’aspirine,

J’ai tout cela dans mon verre,

Tandis que ce soir

Les forêts s’enterrent un peu plus dans les racines de Dieu.

.

La violence d’une musique me construit des yeux sur le ventre.

Je respire différemment.

Les piétons s’envolent, grenouilles volantes.

« Voilà, je te reconnais » dira-t-il après.

Les vitres s’installent aux fenêtres, je suis très près du verre

Et coule dans sa cheminée.

Horizons de nouvelles envergures,

Le temps bifurque sur un clignement de cils,

Martèlement,

Heurtement,

Dans mon cerveau,

La tête se retient difficilement.

Je voyage, eurêka,

Bruits

Pistons

Usines

Cris d’un dieu

La vie se réduit à une remarque

.

Laissez donc pencher l’herbe.

Elle trotte, menue et bleue,

Au détour de l’oubli des odeurs

Son bruit seulement.

Un enfant arrive au bout du chemin.

Rappel, retour,

Des larmes tombent chaudes, douces

Au-delà des jours,

Et sèment du vivant.

Je ne contrôle plus la violence de mes yeux à

L’acuité démultipliée,

Le cœur change de place et ses palpitations augmentent, cessent, reprennent.

Me taire.

Laissez pencher l’herbe d’une horreur semblable à l’insomnie des nuits.

J’irai au bout de mon corps dans le frémissement de l’estomac.

L’espace vient de mon intérieur.

Toute notion humaine marche à mes côtés, je domine le monde

Et peux arracher ma main d’un petit coup sec.

.

Les coupures s’ouvrent,

Saignent, le liquide

Tombe de mes plaies.

Crucifié,

Comme les autres.

J’aimerais revivre, alors mes yeux grandissent ,

Tout recommence

Doucement.

La circulation remue ménage, l’enfant toujours là,

Les plaies s’épanouissent.

.

Quelques petits mots anodins,

Lugubres, anonymes

Salade verte, escalope, j’ai faim.

Je me fais surprendre en pleine tranquillité par la chaleur de mon corps

Le sang s’est rétabli, il éclate.

L’enfant est toujours là, essayant de comprendre,

Ses mains sont en forme de temps.

Aïe. Ave

Le cerveau monte, montent les cheveux, bouge le cerveau,

Mes mains disparaissent.

Je perds ma vue.

Je n’ose pas continuer.

.

Essayer après de tout calmer, de ranger mes percussions, de mâchonner des flûtes.

Étincelle, petite lueur,

Et mort.

.

Le vacarme me prit les mains dans le silence de son corps.

Heure solide.

.

Au plus ingrat de mon sommeil

Passe l’ombre obscure d’une âme.

.

Avec, incliné dans la profondeur de mon cerveau,

Le besoin de ressentir vibrer l’angle mou de mes rêves,

Je vins vous trouver pour vous aimer.

.

Toujours la même rue,

L’immeuble intact plein de cheveux sur le devant

Et ruisselant l’avenir sur le lointain.

Sur le lointain des choses, il a posé sa vigueur.

.

La masturbation de l’oiseau fait naufrage sur l’écume phosphorescente de la mer.

Je ne me nourris que de goémon blanc.

.

Je laisse mon corps reposer sur l’appui de mes yeux.

Rigueur de mon rêve.

Un jour, je partirai sur la route.

.

Espace d’un lac de sang entre un oiseau lyre et un marécage,

Une ombre et son destin,

Entre l’étole et ses aventures,

Entre la mer et ses vagues.

Poursuites.

.

Je reçois toujours le destin,

Flèche sur le clocher de l’église en face,

Avec des grenouilles tout autour des yeux semblables

Aux barrières des trains,

Elles lèchent leurs yeux en sursis d’amour.

.

Je suis une boite à musique

Émiettée sur le divan de ma baignoire.

Souvenir.

Mot rayé du sol des prisons, mot clé du partage entre l’égal.

En tout recul flotte le souvenir du vol.

.

Mégots entartrés dans la douceur de mon corps,

Virevoltent avec scintillement

En plus du bruissement des robes des femmes.

Enclave dans le monde,

Halètement sur le déchaînement des bougies.

La verticale de mes yeux perce la ligne des cils,

J’ai mis une clarinette dans mon crâne et tu souffles dedans

En tout vertige se trouve le recul du voile.

.

Avec des miettes de sang 

J’ai dominé l’organe et dis 

La mer. 

Suite sur un oiseau avec la carapace de l’île sur la tête. 

Retour aux bracelets clinquants des femmes.

 

Du liquide coule dans mes yeux et je sais 

Orages, grincements. 

Du liquide coule dans mes yeux, 

C’est le sang de mon regard, 

Avec voies de sortie pour véhicules terrestres.

 

Je détruis le regard avec calme. 

Le temps m’exécute les oreilles. 

Je suis dans la fosse du caravanier, 

Sans ombrelle avec un tigre, 

Dans mon crâne,  

Qui bouge et remonte l’échelle de tous mes calculs. 

 . 

J’ai rencontré l’animal. 

Avez-vous déjà rencontré l’animal ? 

Moi pas. Je croyais. 

Encore un pauvre petit mensonge de mon cerveau. Il pense en cerveau, moi en homme. 

C’est là l’ennui : ce manque de rapport que nous avons l’un avec l’autre. Lui toujours au plaisir de ce qu’il sait, moi ailleurs. À côté de lui.  

J’ai cru rencontré l’animal. Mais non, il n’y a personne à mes côtés. Je suis seul.

 

Je me promène en pleine nuit dans l’allée. 

Cette fois je fus prudent, j’avais un piano sous le bras.  

Avez-vous rencontré l’animal ?

Non, j’ai seulement trouvé l’orgue.  

Insignifiant, battant les flancs de la lune, 

Morceaux de silence lumineux accrochés au ciel.  

Avez-vous rencontré l’animal ?

 

En pleine nuit, une idée me passe par le plus étrange de la tête. Juste un pli, et une cicatrice au flanc gauche, rançon des gens qui dorment sur le côté droit. Alors les bêtes mordent. 

Avez-vous rencontré l’animal ? 

Regardez vos jambes au réveil. 

Recouvertes de petites morsures. 

Je ne blague pas, faites l’expérience une seule fois et vous ne dormirez pas. 

Vous comprendrez que le monde n’est pas fait à votre dimension. 

 

La fête du ventre 

Ton œil maquillé pour mon œil, 

Ton sein maquillé pour mon sein, 

Ton ventre se maquille pour mon ventre. 

Je t’aime.

 

Chaleur qui monte de tes yeux 

Et réveille mes mains alourdies par de quelconques nuits de rêve 

Il ne suffit que de regarder l’oiseau s’envolant 

Lorsque tu fermes ton œil.

.  

C’est l’entourage de la bouche et de son sourire qui m’enveloppe de sueur. 

Ta bouche tisse la soie. 

Ton odeur remplit ma bouche.

Du miel chaud coule sur tes joues, 

Elles rient sans savoir le fil invisible qui nous lie. 

Les années-lumière se donnent la mort devant la porte de notre chambre.`

 

Le voisin du quatrième vient de se tuer.

 

La fête du temps 

Le temps a reculé, trop vite. 

Un parfum flotte encore autour de mes oreilles.  

Une robe s’envole à tes printemps. 

Tu calcules le nombre de jours qui me restent à vivre. 

N’oublie pas les retenues !

 

Les hommes accoudés au comptoir vont basculer dans le néant 

Encore un parfum qui me repousse vers d’autres horizons. 

Des voiles ressortent de ma mémoire et tapissent les murs de ta chambre. 

Ces réalités visibles empruntent toutes les formes vivantes possibles. 

L’ondulation de la vague exclut tout sourire.

 

Mon sang se véhicule par syncopés, 

Il musique ses images. 

Une fois de plus, il ne restera rien. Les pavés déracineront les auberges, 

Les camions s’engloutiront sous les bandes blanches 

Les cimetières se rempliront. 

Enfants délaissés de joies finies, 

Ecrasés par des milliers d’impédences.

 . 

Les années-lumière se donnent la mort devant la porte de notre chambre. 

Des oiseaux noirs s’envolent au-dessus de ma tête. 

Je m’enlise dans du béton pour que mon corps ne soit plus friable 

Sous tes mains.

.  

Il ne faut jamais poser sa main sur l’œil de l’autre. 

Les bateaux aux quais quittent leurs entraves. 

C’est l’instant où les ancres crachent leur venin.

 

Les années-lumière se donnent la mort devant la porte de notre chambre.

 

J’ai rencontré l’animal magique à plusieurs pattes. 

Il marche dans la méchanceté des abeilles  

Et butine le sel de la terre. 

Sur terre il y a les oiseaux, 

Les enfants et l’amour, 

Trois solitudes différentes, 

Mais à égalité elles mangent le même sucre le matin.

 

L’amour est un transit de mort. 

Elle faillit étrangler l’espoir, 

Je faillis étrangler l’amour. 

Il ne faut pas supporter l’amour. 

L’autre était là, 

Sans savoir le moment,  

Sans connaître le savoir.

Il m’aime, je l’aime, 

Les autres aiment les autres. 

L’amour est un transit de mort.

 

Je ne supporterai que la température inflexible et inexorable de l’acier chaud.  

La ville me mange les oreilles. 

La ville, inexorable vase, et autres lassitudes.

 . 

L’amour est un presque transit de mort. 

L’amour est un passage transi de mort. 

Le plus de nuits possible. 

La continuité est un excellent défaut. 

L’amour façonne le transit qui n’existe pas,  

Jusqu’à ce que son écriture invisible soit la même que la mort.

 

Au bout de quelques années, il ne restera que l’enfance, 

Juste souci qui sera amoindri.

.  

Les gens qui circulent dans la rue circulent bien trop rapidement.

 

Il s’en est fallu de peu pour que j’extirpe le cœur de la chose qui avait mordu le chien.

.  

Cela fait maintenant trois jours que je dors dans les lieux les plus insensés, 

Une fois avec une femme,  

Puis avec une autre, 

Mais je n’ai absolument pas le souvenir de l’endroit de l’amour. 

Il ne reste que le plaisir, 

Succession de vieux plaisirs, sans scrupules, sans aucun, 

Je ne pense pas la même chose aujourd’hui et demain. 

Je suis en acier, et étranges les gestes de l’amour. 

Il ne suffit que d’aimer l’universel. 

Je suis une satisfaction de l’amour,

Il ne reste que l’insatisfaction du geste, 

Il ne subsiste que des principes

 

dessin 1969 1

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