RECUEILLEMENT DE LA PRIERE.

Repeindre le ciel à 220000 Km/s.

S’expatrier sur le rêve, sans plus justifier les raisons. Basculer dans l’eau pure d’un Styx infernal, rassembleur des âmes, de leurs soucis, et se préoccuper uniquement des cymbales et autres clefs d’arpège. Puis tomber et croire dans cette libre chute à l’infini musical de l’âme.

Respirer à pleins poumons le sel et le cracher au loin violemment. Extirper de sa bouche toute aventure vécue. L’afflux de gênes encombre le cerveau encrassé par des années soucieuses, ralenties. Le soir tombe sur un parquet plein de rêves, supporter l’amour du rêve proposé.

Se balancer sur les genoux de droite et de gauche à ne plus savoir quoi en faire afin d’oublier la respiration du milieu du corps. La position à genoux est la plus bénéfique pour mettre son âme à plat. Apprendre que le regard est toujours chargé de questions. Ne pas y répondre, mais savoir que d’autres existent, et plus belles. Faire passer son corps de l’autre côté de la porte. À travers la porte. Retrouver le miroir taché de son âme salie par le vide de l’intérieur du ventre. Aspirer à la sagesse de son goût fétide et brutal et le respirer jusqu’au bout.

Les charniers sont toujours extrêmement durs à localiser.

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Les âmes m’emplissent et je n’attends que les secours de celles-là, latentes, toutes photographies jaunies par le temps. Il ne compte plus au creux de ma main partie à la poursuite d’un cours de souvenirs majestueux et irrévérencieux. Ne pas la fatiguer par une écriture malsaine et non aboutie.

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Cela cogne dans le cerveau. Où la chose se produit-elle? Là ou ailleurs; dans le brouillard de mes yeux et le sentiment d’éclater à l’intérieur. Peut-être est-ce cela le recueillement? Sentir son poids sur les talons et avoir mal, très, partout; articulations abrégées par le temps; la respiration, de plus en plus difficile, sombre dans une espèce de coma. Il retentit dans le cerveau. Et la page qui se griffonne, et le temps qui passe, et le poids qui tombe depuis l’âme et tout le reste qui ne fuit pas, et la fatigue des yeux qui ne suivent plus et des oreilles qui entrent, muettes à l’intérieur du corps, et celui-ci qui s’alourdit, et le sang enfin qui se raréfie. Localiser complètement le cœur pour être capable de poursuivre le dialogue silencieux, de suivre la fatigue. Le temps est trop mou.

J’ai de la difficulté de tout amener au bout de ma page, au bout de son propre sang. Mes yeux basculent hors de la page, hors de ce temps, ma main court sur le papier et je ne peux l’arrêter; un sang circule dans mon intérieur, douloureux.

Le mal partout s’installe. Bientôt les yeux se fermeront. Ailleurs. Tout s’est arrêté. Je suis arrêté dans mon propre corps, c’est long et lourd à supporter. Alors la difficulté s’installe dans l’écriture. Je crois que je vais arrêter ma main, l’autre ne bouge déjà plus, collée au carrelage du cloître, je suis figé, pétrifié. Je ne peux plus peser correctement mon âme, c’est pourquoi je rends mon âme, elle n’a pas de valeur, elle est vide. Je suis empli de vide, et le temps se poursuit. Inexorable. Devant moi et j’ai mal. Voir n’est pas simple, cela fait très mal. Malgré tout continuer. Jusqu’au malaise possible, mais seul toujours, sans partage avec qui que ce soit.

Mes jambes n’existent plus, je continue à partir loin. Très loin avec les anges durs qui me maltraitent longuement. J’ai mal librement, en silence, profondément. J’ai une vision béante, trou de croyance noire qui se remplit de sang. Ses gouttes sont beaucoup plus bénéfiques que le soleil.

J’ai quitté un état pour en retrouver un autre. Où se situe la fin du vertige ? J’éprouve l’immense joie de la solitude. Mais comment la communiquer et qu’est-ce que cela voudrait dire ?

Ma marche devient de plus en plus souterraine. En quittant les autres, je ne trouve pas mon intérieur. Faut-il l’au-delà pour la réponse ? Passer par cette banalité ? La sortie est toujours présente, pensive. Mes mains ne répondent pas vraiment à la question.

Que faire ? La sortie ! Je demande à genoux la sortie. J’ai déjà vu trop de choses et en ai surtout déjà trop fait. Alors l’espoir dans la douceur, sous quel visage, tourner pour trouver un visage qui est devant soi, toute cette fatigue pour rechercher au loin ce qu’on a sous les yeux ! Qu’y a-t-il de si terrifiant au-delà de soi? Pourquoi attendre que cela se manifeste ? Où est Dieu à l’intérieur de tout cela ?

Jour d’accablement et surtout pas le dernier.

4h18 et tout le reste qui coule.

Si, à l’intérieur, j’étais un autre ?

Je suis condamné à rester cloué au même bois.

Sans avoir trouvé l’intérêt de ma vie.

Le sursaut: ouvrir les yeux sur la beauté.

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La procession débute et me bascule dans le vide de mes os.

J’ai entendu la sonnerie.

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Fin de la prière.

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dessin 1969 2

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